Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/183

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accent si sincère de désespoir, Aly posa le calam, encore humide d’encre, et le parchemin sur lequel il traçait de mystérieux caractères.

— Parle, femme, dis ta douleur.

Elle rejeta son voile, laissant voir un tout jeune visage, charmant, et inondé de larmes.

— Je n’ai pas le droit de cacher ma rougeur, dit-elle, ni de dérober des traits qui ont été vus par plus d’un seul.

Aly, doux et froid, la regardait. Elle eut un sanglot, puis se raidissant, essuya vivement ses yeux avec son voile.

— Mon époux vénérable, dit-elle, je l’ai trahi. Le tentateur est venu, sous la forme la plus séduisante ; il suppliait, il pleurait ; on eût dit qu’il allait mourir, privé de moi ; ses paroles étaient si douces, si tremblantes, qu’elles faisaient défaillir mon cœur. Puis elles devinrent chaudes et dévorantes comme l’ardent simoun du désert ; leur souffle me desséchait, me brûlait, m’altérait irrésistiblement de la fraîcheur des baisers, et, comme la