Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/196

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des ouvertures. La nuit est tiède, déjà des effluves printaniers passent dans l’air. Au milieu des marbres, que la lune change en neige, hors du bassin parfumé, le jet d’eau s’élance silencieusement et s’égrène en pluie sonore, étincelante.

Le khalife regarde sans voir. Il croit entendre tomber des larmes, d’intarissables larmes. Pourquoi pleurer ? Qu’importe la mort ? Ce jour est le dernier de son existence terrestre, il en est certain. Eh bien ! après la vie d’un juste, le repos en Dieu !… Pourquoi ce frisson, cette angoisse ?

Et il ferme les yeux, cherchant à lire plus clairement dans le mystère, à deviner comment il doit mourir… Il voit !

Il voit la mosquée, où il vient d’entrer pour la prière matinale, et, autour de lui, des sabres nus, qu’une lueur, traversant un vitrail, semble déjà teindre de sang ; une arme l’atteint, une arme qu’il reconnaît : un beau glaive, dont lui-même a fait présent à celui qui le frappe.