Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/201

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aux moulures de la colonnette à laquelle il s’adosse.

À quelques pas du couple royal, un tout jeune page, aux joues veloutées, aux longs cils soyeux, vêtu d’une chemise de soie rose, regarde, d’un œil attristé, se fondre en eau les sorbets qu’il porte sur un plateau d’or.

Avec un petit choc sec, les pièces, incrustées de rubis et de turquoises, bien lentement avancent sur l’échiquier. C’est que l’enjeu de la partie est une discrétion : le gagnant pourra exiger ce qu’il voudra, et chacun des deux partenaires tient à gagner.

Zobeïde, cependant, sent par instants son attention fléchir ; une pensée importune la tourmente et, en secret, l’irrite contre le khalife ; elle est maussade, jalouse, et ne voudrait pas le paraître. C’est à cause d’une belle esclave, qui était à elle, et qu’il lui a prise. Qu’est-ce qu’il exigera encore, s’il gagne ? Quelque faveur pour cette Maridah, dont il est enamouré vraiment, plus qu’il n’est permis.

La reine joue d’un air renfrogné ; elle rou-