Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/206

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Allah, au nom de l’innocent et adoré meurtrier de ma beauté !

— N’invoque pas mon fils, dit le roi, je suis mécontent de lui ; tu le chéris, toi, sans discernement, avec une folie de mère ; n’as-tu pas dernièrement mis dans la bouche du poète Salam, qui te récitait un éloge en vers du prince royal, une perle qu’il vendit vingt mille dinars d’or ? Le seigneur Emin n’a pas fait encore d’autres vers, lui, que ceux-ci, tracés sur le cahier où il devait écrire une leçon :


Je suis occupé de mes amours !
Pour l’étude, cherchez un autre que moi !


Allons. J’attends, obéis !

Zobeïde baisse la tête, soumise ; mais elle sent gronder en son cœur une colère qu’elle a peine à cacher. Certes, elle est belle encore, et jeune ; sous la douce complicité des parures, bien peu de femmes peuvent la surpasser : pourtant la mère n’est plus la jeune fille, et la perfection de son corps a reçu quelques meurtrissures, qu’il est cruel de dévoiler. Sans nul