Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/21

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je suis heureux, autant que je puis l’être dans mon malheur, grâce à la confiance et à la bonté du maître.

— Taire sa blessure n’est pas guérir ; supporter la peine qui pourrait être pire, n’est pas le bonheur. Confie-toi à nous sans crainte et dis-nous tes désirs secrets.

Joseph releva ses longs cils, qu’il tenait baissés, et découvrit brusquement la lueur bleue de son regard, singulièrement dominateur.

— Je suis dans la main de Dieu, dit-il ; ses desseins sont insondables. Je n’ai rien à désirer dans le présent, et je courbe le front sous les menaces de l’avenir.

— L’avenir est-il menaçant ? dit vivement Zuleïka ; que peux-tu redouter, au milieu de nous ?

— Par deux fois, un songe m’a averti que de ce palais je roulerai dans un abîme, sans qu’aucune branche puisse s’offrir à ma main pour me sauver ; je me soumets aux volontés de Dieu.