Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/20

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légèrement jusqu’à son cou, et une barbe naissante mettait des ombres délicieuses autour de sa bouche.

Dans le grand silence qui accueillit l’entrée du jeune Hébreu, quelques cris furent étouffés, et plus d’une porta brusquement le doigt à ses lèvres, comme pour sucer une blessure, ou enveloppa vivement sa main dans le pan de sa robe. C’est que les couteaux d’airain, mal dirigés par les belles curieuses, ébahies d’admiration, avaient entamé la chair délicate, au lieu de peler le fruit.

Joseph salua en posant sa main sur son cœur, puis sur son front.

— J’attends tes ordres, maîtresse, dit-il.

— Je n’ai pas d’ordres à te donner, jeune étranger ; c’est une idée qui m’est venue, que tu dois souffrir cruellement, toi né pour commander, d’être esclave loin de ton foyer, et je voulais te demander s’il n’est rien, en mon pouvoir, qui puisse adoucir ta servitude.

— Sois louée pour cette compassion, répondit le jeune homme, et rassure ton cœur,