Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/218

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


eut un tressaillement de joie ; il se releva à demi et s’agenouilla auprès de Djémila, qui s’était assise sur l’herbe fraîche.

— Ah ! princesse ! s’écria-t-il, je t’avais vue, moi aussi. À travers les larmes de honte et de désespoir qui noyaient mes yeux, tu m’apparus, comme une étoile fuyant dans des nuées sinistres, et le souvenir de ta beauté ajoutait une blessure aux douleurs de l’esclavage.

— Tu songeais à moi ? est-ce possible ?

— Si j’avais su que ton regard s’était reposé sur moi un instant, cette pensée eût été un baume aux tortures que j’endurais.

— Le temps nous presse, dit Djémila profondément émue, apprends-moi qui tu es, quel est ton nom et ton rang ?

— Je suis Nériman-Bey, fils de Mahmoud-Khan, l’illustre neveu du sultan Sangiar. Mahmoud, tu le sais, faisait trembler le sultan, qui soupçonnait son neveu d’ambitionner le trône. Il l’exila de Perse, et, pour tranquilliser le sultan, mon père défendit qu’on s’occupât,