Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/220

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nous fuirons ensemble, nous irons à la cour du prince, ton père, et tu seras mon époux.

— La plus grande infortune était donc la porte d’un bonheur céleste ? dit le jeune homme, en entourant de ses bras la taille souple de Djémila ; fuyons, restons, n’importe, ton amour me fait une cuirasse merveilleuse, qui me rendra invulnérable à toutes les souffrances qui ne viendraient pas de toi.

— Est-ce vrai, prince Nériman, tu m’aimes ? dit-elle en caressant les boucles noires et soyeuses du captif, tu renoncerais pour moi à la vie délicieuse qui fut la tienne au palais de Mahmoud-Khan ? Ici l’existence est plus rude, les Turcomans n’ont d’autres distractions que les jeux guerriers, leur seul luxe est la bravoure ; mais je ne veux pas t’exposer au courroux de mon père : il serait inflexible, et, s’il soupçonnait notre amour, il te ferait décapiter.

— S’il nous surprenait, nous serions perdus, dit Nériman, qui se leva et pâlit légèrement.

— Ah ! je mourrais avec toi !