Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/228

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— Tu vois bien qu’il n’y a rien à craindre pour toi, lui cria-t-elle.

Ses dents claquaient, ses jambes tremblaient ; il ne quitta pas sa place.

— Au moins, jette-moi ton sabre, j’essayerai de me défendre !

Il tomba sur les genoux, sans force.

Alors Djémila tourna vers lui un regard chargé de dégoût et de mépris, sa bouche se crispa douloureusement.

— Ô ! honte ! honte ! s’écria-t-elle. J’aimais le plus lâche des hommes, pour lui j’ai trahi mon père et mon pays, j’ai combattu contre mon frère, je me suis déshonorée ! Hors de mon cœur ! être plus vil que la boue ! en mourant je suis heureuse, car je me délivre de toi. Ah ! mieux vaut mille fois avoir pour tombeau le corps de ce monstre, que de dormir entre tes bras !

Et Djémila, cachant son visage dans ses mains, s’abandonna au serpent, qui bientôt l’engloutit tout entière.