Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/288

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élever mon esprit. Hélas ! mieux vaut, peut-être, rester au niveau commun ! De plus haut, je ne vis autour de moi que petitesse et misère. Comment choisir un maître, parmi moins grands que soi ? Je ne voulais donner qu’une seule fois mon amour, et nul n’en était digne ; je le refusais à tous ceux qui croyaient m’aimer.

Mais tu vins à la cour, Nari-Hira, toi, le poète délicieux, dont les vers chantaient sur mes lèvres, et tu m’apparus, beau comme la poésie. Alors je compris qu’on ne donnait pas son âme, mais qu’elle vous était prise, comme la rosée est bue par le soleil. Pourtant, j’eus la force d’être impénétrable, et quand un jour tu pleuras à mes pieds, te sachant le plus inconstant des hommes, j’avais déjà triomphé de ma faiblesse, je pus éviter d’être une fleur fugitive du bouquet de tes amours.

Je fis serment, alors, de ne plus voir qu’avec l’esprit, d’aimer une âme toute à moi ; et je remarquai Cho-Jo qui, depuis longtemps, secrètement m’adorait. Je m’aperçus bientôt