Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/296

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de son mari, s’accrocha d’un bras à son cou.

— J’écoute, dit-elle.

— Aujourd’hui, je promenais mes rêveries près de l’enclos des sépultures, et, très absorbé, j’allais, comme toujours, sans savoir où. Tout à coup je me trouvai au milieu des tombes. Mes réflexions alors changèrent de cours, je songeais que dans ce lieu tous les hommes étaient égaux : les plus stupides comme les plus sages, et que nul ne revenait de là. Tandis que j’errais lentement, un léger bruit attira mon attention. En levant les yeux, j’aperçus une jeune femme, vêtue de la longue robe blanche sans couture que portent les veuves. Elle était assise près d’un tombeau nouvellement construit, et, avec beaucoup d’ardeur, éventait l’éminence formée par la terre et la chaux encore humides. Je l’examinai quelque temps avec surprise : elle se lassait, changeait l’éventail de main, mais n’interrompait pas sa singulière occupation. Intrigué au dernier point, je m’approchai d’elle et je lui adressai la parole.