Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/348

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Vaincu par la haine invincible, le maître se jeta sur la couche, pour étouffer dans les coussins le sanglot qui lui crispait la gorge. Il était épouvanté de souffrir ainsi, de ne pas parvenir, malgré l’horrible effort, à arracher de lui cette passion qui l’amoindrissait. Et comme il la sentait mal domptée encore, en dépit de ce qu’il venait de surprendre, prête aux lâchetés du pardon !

Il s’était relevé sur un coude et regardait l’ennemie adorée, debout auprès du lit, si douloureusement belle, serrant pudiquement autour de ses flancs le satin pourpre d’où son corps, pâle comme le jade, émergeait à demi.

Non, aucun sentiment, jamais, n’avait approché de celui qu’elle lui inspirait. Les deux cents femmes de son harem ne lui avaient pas même fait pressentir qu’il fût possible. Celle-là lui révélait des sensations inconnues, faisait du dominateur impassible un homme tout frémissant d’amour et de fièvre, dont la volonté ployait devant un sourire, qu’un mot de tendresse eût rendu esclave. Et celle que,