Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/37

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l’on débarquait, pour les distribuer, ensuite, aux différents marchés de la grande ville.

Le fleuve était tout bariolé de barques, de canges, de radeaux conduits par des hommes au torse nu ; et, à l’approche des débarcadères, c’était une bagarre inextricable, des disputes, des voies de fait, dans lesquelles les rames ruisselantes étaient brandies et retombaient sur les crânes. Parfois, un chargement chavirait, au milieu des imprécations et des rires.

Le jeune homme ne prenait garde à rien, léger et agile, il courait toujours, suivi de tous par des regards surpris et inquiets ; un ânier, même, qui poussait devant lui ses bêtes, chargées de peaux de chèvre pleines de vin, s’arrêta, se haussant sur les pointes, pour voir, par-dessus les têtes, si quelqu’un ne poursuivait pas ce fuyard : un voleur peut-être.

Quelqu’un le poursuivait en effet, le suivait plutôt, s’efforçant non de l’atteindre, mais de ne pas le perdre de vue. C’était un homme d’un âge déjà mûr, un peu replet, aux mains