Page:Gautier - Guide de l’amateur au Musée du Louvre, 1882.djvu/76

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les parties ombrées de ses peintures. Le coloris en est riche, ardent et fauve comme de l’or sous la rousse fumée du temps. Le Bacchus a cette dimension qu’on appelle petite nature dans les ateliers ; mais le style en est si grand, si fier, si divin qu’il dépasse, dans son cadre restreint, la taille naturelle.
Le portrait connu sous le nom de la Belle Ferronnière ne représente pas, comme on le croit communément, la maîtresse de François Ier, mais bien Lucrezia Crivelli, aimée de Louis Sforce. Le joyau suspendu à une tresse de soie noire qui orne son front et qu’on nomme encore aujourd’hui une ferronnière, a sans doute contribué à lui faire donner ce titre. Quoi qu’il en soit, c’est une admirable tête d’une étonnante fermeté de dessin et de modelé, que rehausse un riche ajustement de velours nacarat bordé de galons d’or et coupé carrément sur la poitrine.
Élève du Squarcione, qui avait rapporté de Grèce des moulages et des dessins de sculpture, André Mantegna s’éprit tout jeune d’un grand amour pour l’antique et s’efforça heureusement d’atteindre à ce goût pur et noble qui caractérise les productions des anciens, alors inconnues en Italie, on peut le dire. Certes, Mantegna ne put se débarrasser complètement de la raideur et de la sécheresse gothiques, mais comme déjà son style est supérieur et fait comprendre qu’un élément nouveau s’est introduit dans l’art ! Quelle élégance et quel sentiment du beau, avec une naïve bizarrerie d’invention qui est un charme de plus ! Le Triomphe de Jules César, suite de peintures à la