Page:Gautier - Histoire du romantisme, 1874.djvu/180

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ALFRED DE VIGNY


NÉ EN 1799. — MORT EN 1863




M. le comte Alfred de Vigny fut une des plus pures gloires de l’école romantique, et bien que sa nature fine et discrète le tînt éloigné de la foule, il ne craignait pas de l’affronter lorsque la doctrine sacrée était en jeu. Malgré son dégoût pour les luttes grossières du théâtre, il traduisit l’Othello de Shakspeare avec une fidélité courageuse, et le livra aux orages du parterre. Cette traduction, où l’exactitude ne produit nulle part la gêne et qui a toute la liberté d’une œuvre originale, n’est pas restée au répertoire, et ce n’est qu’après un intervalle de plus de trente ans que Rouvière l’a ressuscitée pour jouer le More de Venise sur un théâtre du boulevard. La préface, un chef-d’œuvre de grâce, de finesse et d’ironie, abonde en idées nouvelles alors qui le sont encore aujourd’hui. Peu d’écrivains ont réalisé comme Alfred de Vigny l’idéal qu’on se forme du poëte. De noble naissance, portant un nom mélodieux comme un frémissement de lyre, d’une