Page:Gautier - Histoire du romantisme, 1874.djvu/88

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VIII


GÉRARD DE NERVAL



Nous n’avons rien dit encore de Gérard — le bon Gérard comme nous l’appelions dans notre petit cénacle, jamais homme n’a mieux mérité cette épithète. Cette bonté rayonnait de lui comme d’un corps naturellement lumineux, on la voyait toujours et elle l’enveloppait d’une atmosphère spéciale ; il semblait vraiment qu’on obligeât Gérard en lui demandant service, il vous remerciait presque d’avoir songé à lui et il partait aussitôt, allant de l’Arc de l’Étoile à la Bastille, du Panthéon à Batignolles, pour proposer à quelque journal l’article d’un camarade sans argent ou s’informer du motif qui le faisait rester si longtemps sur le marbre ; il marchait de ce pas ailé pareil à celui de l’autruche, soulevé de terre à chaque instant et que le meilleur cheval arabe suivrait à peine. Ce n’était pas un homme de cabinet