Page:Gautier - Isoline et la Fleur Serpent, Charavay frères, 1882.djvu/149

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et de pioches et s’acharnaient autour des racines d’un grand buisson poussé, comme par hasard, à côté de l’escalier d’eau. Ils l’accablaient d’injures, de reproches, de malédictions, avec tout l’emportement du caractère napolitain, et, faut-il en convenir ? je n’étais pas loin de trouver qu’ils avaient raison de vouer à l’exécration cet arbrisseau homicide.

La lune s’éleva au-dessus des arbres et éclaira en plein le buisson. J’avais bien, en face de moi, la Fleur-Serpent, la terrible et fantastique plante connue des riverains du Gange.

En ces pays de prodigieuse exubérance, où la végétation, déréglée et comme folle, semble dépenser son trop plein de force en créations extravagantes, ces produits surprenants ne sont pas rares. La Fleur-Serpent est parmi les plus étranges, et il est difficile de s’en faire une idée lorsqu’on ne l’a pas eue devant les yeux. C’est comme une gerbe de minces serpents dressés sur leur queue et qui inclinent leurs têtes plates vers un petit fruit d’un rouge orangé assez semblable à un petit ananas ou plutôt à une grosse fraise, mais plus velouté et rappelant une fleur. Ce sont les feuilles qui figurent les reptiles, elles s’élargissent au sommet en forme de têtes, et ces têtes