Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/116

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
104
L’ORIENT.

d’angoisse, de ces soupirs presque humains qu’exhalent, comme des poitrines oppressées, les profondeurs d’un bateau à vapeur poursuivant sa route par un gros temps.

Profitons de ce calme pour examiner un peu les passagers, nos compagnons de route. Les bateaux à vapeur autrichiens qui desservent les lignes du Levant établissent, par une concession bien entendue aux habitudes de leur clientèle orientale, une espèce de parc réservé, fermé d’une claire-voie à hauteur d’appui et qu’on appelle le sérail, sur le tillac, où, d’ordinaire, le capitaine et les voyageurs de première classe ont seuls le privilège de se promener. Les Turcs, grâce à cet aménagement, peuvent mettre leurs femmes à l’abri du contact des chiens de giaours et voyager sans faire souffrir leur jalousie naturelle. Cette partie des bateaux est, comme vous le pensez bien, la plus curieuse et la plus pittoresque.

Chaque famille orientale se pose dans son coin, accroupie ou couchée sur des tapis de Smyrne ou de minces matelas ; une cruche