Page:Gautier - L’Orient, tome 1, Charpentier-Fasquelle, 1893.djvu/128

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L’ORIENT.

Comment peindre la nuit sur l’immensité ? De temps à autre, il s’échappait de la cheminée de notre paquebot des gerbes d’étincelles rouges d’un effet charmant ; une houle plus haute dressait curieusement sa crête du fond noir de l’abîme, comme pour regarder par-dessus le bastingage ce qui se passait sur le pont, puis retombait en pluie salée.

Mes yeux ouverts dans l’ombre finirent par se fermer, quelque effort que je fisse pour ne pas m’endormir. Quand je me réveillai frissonnant sous l’impression glaciale du matin, de faibles lueurs blanchâtres commençaient à éclaircir le bord du ciel, les étoiles s’étaient éteintes ; Vénus seule brillait encore, et sa réverbération faisait une traînée de lumière dans l’eau ; une ligne sombre se dessinait confusément à l’horizon, c’était la Grèce, c’était l’Attique, le cap Sunium où le divin Platon s’entretenait avec ses disciples.