Page:Gautier - La Chanson de Roland - 1.djvu/267

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LVI


Le jour s’en va, la nuit se fait noire.
Le puissant empereur, Charles s’endort.
Il a un songe ; il se voit aux grands défilés de Cizre,
Tenant entre ses poings sa lance en bois de frêne.
Et voilà que le comte Ganelon s’en est emparé,
Et la brandit et secoue de telle sorte,
Que les éclats en volent vers le ciel…
Charles dormait : point ne s’éveille.


LVII


Après ce songe, il en a un autre.
Il se voit en France, dans sa chapelle, à Aix :
Un ours le mord cruellement au bras droit ;
Puis, du côté d’Ardenne, il voit venir un léopard
Qui, très-férocement, va l’attaquer lui-même.
Mais alors un lévrier sort de la salle,
Qui accourt vers Charles au galop et par bonds.
Il commence par trancher l’oreille de l’ours,
Puis, très-furieusement, s’attaque au léopard.
« Grande bataille, » s’écrient les Français ;
Et ils ne savent quel sera le vainqueur…
Charles dormait : point ne s’éveille.


LVIII


La nuit s’en va, et l’aube apparaît, claire.
Très-fièrement chevauche l’Empereur,
Et jette plus d’un regard sur son armée :
« Seigneurs barons, dit le roi Charles,