Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/102

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Vers le milieu du jour la galerie est encombrée de consommateurs ; ils sont assis, les jambes repliées, sur la natte qui couvre le plancher, ils boivent du saké, ou cachent leur visage dans le nuage de vapeur qui s’élève de la tasse de thé sur laquelle ils soufflent. Des femmes coquettement vêtues, fardées avec soin, circulent gracieusement entre les groupes, transportant la boisson chaude. Au fond l’on aperçoit les fourneaux fumants et de jolies porcelaines rangées sur des étagères de laque rouge.

À chaque instant, des passants, des porteurs de cangos, des hommes chargés de fardeaux, s’arrêtent un moment, demandent à boire et repartent.

Quelquefois c’est une dispute qui prend naissance devant l’auberge et dégénère en combat, au grand plaisir des consommateurs.

Voici justement un colporteur qui vient de heurter un marchand de poulpes et de coquillages, la corbeille qui contenait le poisson est renversée et toute la pêche, souillée de poussière, gît sur le sol.

Les injures pleuvent de part et d’autre, la circulation est interrompue, la foule s’amasse ou prend parti pour l’un ou pour l’autre des adversaires, et bientôt deux camps sont prêts à en venir aux mains.

Mais de tous côtés les assistants crient :

Le câble ! le câble ! pas de combat ; qu’on aille chercher un câble.

Quelques personnes s’éloignent en courant, entrent dans plusieurs maisons et finissent par trouver ce qu’elles cherchent, elles reviennent avec une grosse corde.

Alors les spectateurs se rangent le long des maisons laissant la place libre à ceux qui veulent lutter. Ceux-ci saisissent la corde a deux mains, ils sont quinze d’un