Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/115

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ges feuilles rouges couvertes d’un fin duvet se déploient auprès de hautes bruyères si délicates, si légères qu’elles semblent des touffes de plumes vertes. Au-dessus de ce premier étage de verdure, les palmiers, les bananiers, les chênes, les cèdres entrecroisent leurs branches et forment un réseau inextricable à travers lequel la lumière filtre, teintée de mille nuances.

Un ruisseau glisse lentement sur un lit de mousse épaisse, et son cristal fluide est légèrement troublé par une poule d’eau, au charmant plumage, qui l’effleure en poursuivant une libellule, dont le corps grêle jette des éclats de métal.

Mais plus que les fleurs environnantes, plus que le velours de la mousse et les lueurs argentées du ruisseau, les toilettes des femmes qui occupent la vérandah sont brillantes et splendides.

La Kisaki, environnée de ses femmes favorites et de quelques jeunes seigneurs, les plus nobles de la cour, assiste à un combat de cailles.

À cause de la chaleur, la souveraine porte une robe légère en gaze de soie couleur pigeon des montagnes, nuance de vert qu’elle seule peut porter. Au lieu des trois lames d’or de sa couronne, elle a posé sur sa chevelure trois marguerites aux pétales d’argent. Au-dessus de son oreille gauche, de la tête d’une longue épingle enfoncée dans ses cheveux, pend au bout d’une chaînette d’or une grosse perle d’une rare beauté et parfaitement ronde.

La Kisaki, penchée par-dessus la balustrade, suit avec attention la lutte acharnée de deux cailles qui combattent déjà depuis longtemps.

Deux jeunes garçons, vêtus d’un costume semblable différent par la couleur, sont accroupis sur les talons