Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/124

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rer dans ce monde, que la mort nous réunisse. Allons sur le tombeau de tes ancêtres et tuons-nous.

Ils firent comme elle avait dit, ils se couchèrent sur le tombeau et se poignardèrent ; mais l’amoureux méprisé les avait suivis. Il s’approcha lorsqu’il ne les entendit plus parler. Il les vit alors étendus l’un près de l’autre, immobiles, la main dans la main.

Tandis qu’il se penchait vers eux, deux papillons blancs s’élevèrent de la tombe et s’envolèrent gaiement en faisant palpiter leurs ailes.

— Ah s’écria le jaloux avec colère, ce sont eux, ils m’échappent, ils fuient dans la lumière, ils sont heureux, mais je veux les poursuivre à travers le ciel.

Il saisit alors le poignard abandonné et se frappa à son tour.

Un troisième papillon s’élança alors ; mais les autres étaient déjà loin : celui-ci ne put jamais les rejoindre.

Aujourd’hui encore, regardez au-dessus des fleurs, lorsque revient le printemps, vous verrez passer les deux amants ailés, tout près l’un de l’autre ; regardez encore, vous apercevrez bientôt le jaloux qui les poursuit sans les atteindre jamais.

— En effet, dit Iza-Farou, les papillons sont toujours groupés ainsi : deux qui voltigent l’un près de l’autre et un troisième qui les suit à distance.

J’avais aussi remarqué cette particularité sans pouvoir me l’expliquer, dit la Kisaki, l’histoire est jolie, je ne la connaissais pas.

— Il faut que le prince de Satsouma nous raconte quelque chose, dit Fleur-de-Roseau.

— Moi ! s’écria le bon vieillard un peu ému, mais je ne sais pas d’histoires.

— Si ! si ! vous en savez, s’écrièrent les femmes, il faut nous en dire une.