Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/125

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— Alors je vais vous rapporter une aventure arrivée il y a peu de temps au cuisinier du prince de Figo.

Cette déclaration provoqua une hilarité générale.

— Vous verrez, dit Satsouma, vous verrez que ce cuisinier a de l’esprit. D’abord, il est fort habile dans son art, ce qui n’est pas à dédaigner, et, de plus, il apporte un soin excessif dans les moindres détails de son service. Il y a peu de jours, cependant, dans un festin auquel j’assistais, les serviteurs apportèrent un bassin plein de riz et le découvrirent devant le Seigneur de Figo. Quelle fut la surprise de celui-ci en voyant, au milieu de la blancheur du riz, un insecte noir, immobile, car il était cuit ! Le prince devint pâle de colère. Il fit appeler le cuisinier, et, au bout de ses bâtonnets d’ivoire, il saisit l’ignoble insecte et le présenta au valet avec un regard terrible. Il ne restait plus d’autre ressource au malheureux serviteur que de s’ouvrir le ventre le plus promptement possible ; mais il paraît que cette opération n’était pas de son goût, car, s’approchant de son maître avec tous les signes de la joie la plus vive, il prit l’insecte et le mangea, feignant de croire que le prince lui faisait l’honneur de lui donner une bribe du repas. Les convives se mirent à rire devant ce trait d’esprit ; le prince de Figo lui-même ne put s’empêcher de sourire, et le cuisinier fut sauvé de la mort.

— Bien ! bien ! cria toute l’assistance, voilà une histoire qui ne blesse personne.

— C’est le tour de Nagato, dit Tsusima, il doit savoir de charmants contes.

Nagato eut un tressaillement comme si on l’eût tiré d’un profond sommeil, il n’avait rien écouté, rien entendu, absorbé dans la contemplation, pleine de délices, de la déesse qu’il adorait.