Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/135

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— Tu ris, dit Simabara ; pour moi, je crois à la vertu de cette eau, c’est pourquoi je n’en boirai pas.

On prend un sentier très âpre. Son seul aspect fait pousser des cris d’inquiétude aux femmes. Quelques-unes déclarent qu’elles ne se risqueront jamais dans un pareil chemin, mais les seigneurs passent les premiers et tendent leur éventail fermé aux plus peureuses et l’on atteint le faîte de la montagne. Mais alors les cris d’épouvante redoublent. On a devant soi un petit torrent qui court en sautillant sur les pierres, il faut le franchir en enjambant de roche en roche au risque, en cas de maladresse, de tremper le pied dans l’eau.

La Kisaki demande à Nagato l’appui de son épaule et elle passe. Quelques-unes de ses femmes la suivent, puis se retournent pour rire tout à leur aise de celles qui n’osent pas passer.

Une jeune princesse s’est arrêtée au milieu de l’eau, debout sur une roche, elle serre les plis abondants de ses robes, et rieuse, un peu fâchée cependant, ne veut ni avancer ni reculer. Elle ne se décide à franchir le mauvais pas que sur la menace d’être abandonnée seule au milieu du torrent.

On n’a plus que quelques pas a faire pour atteindre le Verger occidental qu’entoure une haie d’arbustes de thé. La reine pousse une porte à claire-voie et pénètre dans l’enclos.

C’est le lieu le plus ravissant que l’on puisse voir. Le printemps, à cette hauteur, est un peu tardif, et tandis que dans la vallée les arbres fruitiers ont déjà laissé choir toutes leurs fleurs, ils sont ici en pleine éclosion. Sur les ondoiements du terrain très mouvementé et recouvert d’un épais gazon, les pruniers couverts de petites étoiles blanches, les abricotiers, les