Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/143

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actions de sa vie sont réglées à l’avance et doivent s’accomplir d’après des lois minutieuses. S’il sort de l’enceinte du palais, on l’enferme dans un magnifique véhicule traîné par des buffles mais il étouffe dans cette boîte bien close et préfère encore rester sur son trône. S’il veut admirer les fleurs des parterres, c’est accompagné d’une suite nombreuse qu’il doit se rendre dans les jardins, et les annales du royaume enregistrent cet événement. La plus grande partie de son temps doit se passer à méditer, mais en somme il médite peu son intelligence est engourdie. Quand il songe, l’étrangeté des idées qui bourdonnent confusément dans son cerveau l’étonne. Quelques-unes de ses pensées sont criminelles, d’autres bouffonnes. Celles-là l’égayent, mais il n’ose pas rire se sachant observé. Il s’efforce alors de ramener son esprit vers les choses célestes, mais cela le fatigue, il revient à ses rêves fantasques. Parfois il est pris d’un désir invincible de s’agiter, de gambader, de sauter ; cela se concilie mal avec l’immobilité silencieuse que doit garder le descendant des dieux. Un jour cependant, ou plutôt une nuit, il a mystérieusement accompli son désir ; il s’est glissé hors de son lit, et, tandis que tout dormait autour de lui, il a exécuté un pas de sa façon. Personne n’a jamais su cela, il le croit du moins. Comme il ne voit jamais que l’échine ployée de ses sujets, il peut croire vraiment qu’il est d’une espèce supérieure et que le commun des hommes marche à quatre pattes. Cependant il trouve qu’on le traite quelquefois comme un enfant. On lui a supprimé son arc et ses flèches parce qu’un jour, tandis que plusieurs délégués du siogoun se prosternaient au pied de son trône, il a décoché une flèche au plus noble d’entre eux. Malgré l’irritation qui quelquefois bouillonne en