Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/171

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sent que moi, et pour eux je suis le véritable prince de Nagato. Quel avantage dans une bataille d’être double ! J’attirerai l’ennemi d’un côté, tandis que tu agiras de l’autre. On te croira ici, tu seras ailleurs. J’ai bien accompli ma mission lorsqu’il s’agissait d’être fou et de répandre l’or à flots, je l’accomplirai mieux encore lorsqu’il s’agira d’être brave et de verser mon sang pour toi.

— Ta noble origine se révèle à moi dans tes paroles, dit le prince, et je t’estime assez pour accepter l’offre que tu me fais, je connais ton habileté aux choses de la guerre, elle nous sera précieuse. Mais, sache-le, dans cette lutte les dangers seront grands.

— Ma vie t’appartient, n’oublie pas cela, maître, et si le hasard veut qu’un jour je meure pour toi, la tache faite à mon nom sera effacée.

— Eh bien, dit le prince rapidement, tu vas partir pour mes États, les seigneurs voisins les menacent sérieusement ; tu te mettras à la tête de mes troupes ; tu défendras le territoire. Mais ma présence supposée dans mon royaume attirera peut-être autour de lui de nombreux ennemis. Hiéyas me hait personnellement. Sache, quoi qu’il arrive, soutenir l’honneur de mon nom ; songe que, pour tous, tu es le prince de Nagato.

— À force de t’imiter, j’ai pris quelque chose de ton âme, dit Sado, je te jure d’être digne de toi.

— Je me fie a toi, dit le prince je sais avec quelle intelligence tu as su tenir le rôle étrange que je t’avais confié, toutes les aventures conduites par toi en mon nom se sont terminées à mon honneur. C’est pourquoi je te donne aujourd’hui mes pleins pouvoirs. Tu partiras d’ici, emmenant avec toi une suite nombreuse, et c’est moi qui vais prendre le chemin souterrain ; indique-moi quelles en sont les issues ?