Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/170

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parce que ton illustre père s’écria en me voyant : Cet homme te ressemble, Ivakoura.

— Je t’ai pardonné aussi, dit le prince, parce que, à mes yeux, ton crime était léger : tu t’étais vengé d’une insulte en tuant ton ennemi, voilà tout. Mais quelles étaient mes conditions en te faisant grâce ?

— De t’obéir aveuglément, de t’être dévoué jusqu’à la mort. C’est ce que je viens te rappeler aujourd’hui.

— Comment ?

— Jusqu’à la mort… répéta Sado en appuyant sur chaque syllabe.

— Eh bien ! tu es vivant encore, tu n’es pas délié de ton serment.

— Maître, dit Sado d’une voix grave, je suis de noble origine, mes aïeux étaient vassaux de tes aïeux, et jusqu’au jour où la colère m’a fait commettre un crime, pas une tache n’avait terni l’éclat de notre nom. Tu m’as sauvé de la mort, et au lieu de me faire expier ma faute par une vie rude, qui m’eût relevé à mes yeux, tu as fait de mon existence une fête continuelle. J’ai accompli en ton nom mille folies, j’ai déployé un luxe insensé, j’ai joui de la vie, de la fortune, des honneurs comme si j’eusse été un prince tout-puissant.

— Eh bien ! tu me rendais service en accomplissant mes ordres, voilà tout. Ta ressemblance avec moi me servait à tromper mes ennemis et à affoler leurs espions.

— Tu as chassé tes ennemis aujourd’hui, continua Sado, et mon rôle de jeune fou est terminé ; mais songe, seigneur, combien je puis te servir dans la guerre qui commence. Grâce à des fards habilement préparés, j’arrive à faire de mon visage une image assez exacte du tien, je me suis accoutumé à imiter ta voix, ta démarche, beaucoup de tes amis ne connais-