Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/176

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il te faudra vendre beaucoup de poissons pour t’acquitter.

— Je payerai, dit le prince, mais parle, Raïden, veux-tu continuer la lutte ?

— Non, merci, dit Raïden, je suis tombé dans du thé bouillant, et il m’en cuit ; d’ailleurs tu es plus fort ce soir encore que de coutume, je serais battu.

— Le saké ! le saké ! puisque la querelle est terminée, dirent les assistants. Parle, prince, de quelle façon allons-nous nous divertir ce soir ?

— Buvons d’abord, dit le prince, aujourd’hui le temps n’est guère à la réjouissance ; de tristes nouvelles circulent au château, l’inquiétude est dans tous les cœurs, car la guerre civile va éclater ; les folies que nous faisions ne sont plus de saison, pas plus que les fleurs et les feuillages lorsque souffle la première rafale de l’hiver.

On avait apporté le saké. Un grand silence s’était établi ; tous les yeux étaient fixés sur le prince.

— Je suis venu pour causer avec vous, qui avez été quelquefois mes compagnons de plaisir, reprit-il. Vous aimez la lutte, vous êtes braves, vous êtes forts ; voulez-vous être encore mes compagnons et vous battre sous mes ordres, avec les ennemis de Fidé-Yori ?

— Nous le voudrions, certes ! s’écrièrent quelques matelots.

— Mais nos femmes, nos enfants, que deviendraient-ils ?

— Qui les nourrirait en notre absence ?

— Vous savez bien que l’or coule de mes doigts comme l’eau d’une fontaine. Je ne vous ferai pas quitter votre métier et risquer votre vie sans vous payer largement. Combien gagne un pécheur dans sa journée ?