Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/189

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semblaient être relevés par les quatre chaînes qui se rattachaient à une flèche dorée.

Le prince songeait à un autre coucher de soleil, à celui qu’il avait vu du haut de la montagne, près de Kioto, avec la reine à ses côtés ; il fermait les yeux et il la revoyait, elle, si belle, si noble dans l’aveu muet de son chagrin, les cils tout brillants de larmes, tournant vers lui son regard pur et lui ordonnant d’épouser sa rivale. Les moindres détails de sa parole, de son geste, le petit miroir au-dessus de son front qui jetait des rayons comme une étoile, étaient gravés dans son esprit avec une netteté surprenante.

— Cet instant fut douloureux, se disait-il, et cependant il me semble, par le souvenir, qu’il ait été plein de charme. Elle était là du moins, je la voyais, je l’entendais, le son de sa voix était un baume à la cruauté dû ses paroles, mais maintenant quelle douleur de vivre, le temps est comme une mer sans borne, où pas un rocher, pas un mât de navire ne permet à l’aile exténuée de se reposer un instant !

On avait mis à la mer trois canots très légers, qui saillissaient à peine au-dessus de l’eau. Dès que la nuit fut venue, Nagato choisit huit hommes parmi les plus intrépides, il garda avec lui Raïden et un autre matelot nommé Nata. Ils descendirent dans les canots, trois hommes dans chaque embarcation.

— Si vous entendez des coups de feu, venez à notre accours, dit le prince de Nagato a ceux qui restaient.

Et les trois canots s’éloignèrent sans bruit.

Ceux qui les montaient étaient armés de sabres et de poignards, de plus ils emportaient les outils achetés au village ; et plusieurs fusils à mèche. Ces armes, d’invention étrangère, souvent avariées ou imparfaites, la plupart du temps ne partaient pas ou écla-