Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/188

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— On ne sait pas ; mais ils sont nombreux ; les jonques en étaient toutes pleines.

— Quinze cents hommes environ, dit à part lui Raïden.

— C’est l’avant-garde de l’armée de Hiéyas, dit prince de Nagato à voix basse ; si les troupes de Fidé-Yori n’arrivent pas promptement, Osaka court les plus grands dangers. Reprenons la mer, ajouta-t-il, j’ai un projet qui, bien que follement audacieux, peut réussir.

Avant de quitter le village, Nagato ordonna à Raïden d’acheter un assez grand nombre d’outils de charpentier. Puis ils gagnèrent la plage et se rembarquèrent.

Vers le soir la petite flotte arrivait en vue de Soumiossi et s’abritait derrière un promontoire qui la masqua complètement.

Le lieu était admirable. Des arbres énormes, dont les racines découvertes s’accrochaient, comme des serres d’oiseaux de proie, à la terre et aux roches, se penchaient vers la mer ; des buissons, des arbustes faisaient crouler vers elles les touffes de leurs fleurs superbes ; les vagues étaient toutes jonchées de pétales envolés, qui naviguaient, s’amassaient en îlots ou en longues guirlandes. Sur quelques rochers aigus les lames bondissaient en jetant une mousse blanche ; des mouettes s’envolaient qui semblaient de l’écume faite oiseau. L’eau avait un ton uniforme de satin bleu, glacé d’argent, d’une douceur, d’un éclat incomparables ; et le ciel gardait du soleil disparu une expansion d’or fluide qui éblouissait encore. Au loin, l’île de la Libellule, verte et fraîche, découpait ses contours d’insecte. La côte de Soumiossi, toute vermeille, s’étendait avec ses falaises dentelées, et au faite du promontoire une petite pagode élevait son toit pointu, pavé de porcelaine, et dont les angles