Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/200

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— Ils ne se laisseront pas prendre, disait Raïden qui tournait la tête tout en ramant.

En effet, le léger canot bondissait sur les flots, tandis que les chaloupes plus lourdes et trop chargées d’hommes se mouvaient à grand’peine.

— La jonque qui coule ! la jonque qui coule ! cria Loo en battant des mains.

En effet, le dernier navire resté debout, s’enfonçait lentement, puis presque d’un seul coup disparut.

— Victoire ! victoire ! crièrent les matelots autour du prince.

— Victoire ! répondit-on du canot poursuivi qui se rapprochait de plus en plus.

Les trois barques se rejoignirent bientôt.

— Laissons-nous poursuivre, dit le prince, et ne fuyons pas trop vite pour leur laisser l’espoir de nous atteindre.

On tira quelques coups de feu, plusieurs soldats tombèrent, on les jeta aussitôt à la mer pour alléger les chaloupes.

Une flèche atteignit Raïden à l’épaule, mais elle n’avait plus de force, elle le piqua à peine et tomba dans le canot.

— C’était bien visé, dit Raïden.

La lune était au milieu du ciel, mais ce miroir poli se ternissait, comme sous la buée d’une haleine ; elle prit bientôt une teinte de vermeil rose, puis elle devint cotonneuse, ce ne fut plus qu’une nuée blanche. La couleur bleue et argentée du ciel fut envahie par une nuance d’améthyste pâle qui coulait rapidement de l’horizon, des frissons violets coururent sur la mer.

C’était le jour.

Derrière le promontoire, la flottille du prince avait