Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/22

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Oh ! oh ! voici le régent qui traverse l’avenue, il regarde par ici et il rit en voyant que le cortège du prince de Nagato est encore devant sa porte ; il rirait bien plus s’il savait où en est la toilette de mon maître.

— Laisse-le rire, Loo, et viens ici, dit le prince, qui avait détaché de sa ceinture un pinceau et un rouleau de papier et écrivait à la hâte quelques mots. Cours chez le roi et remets-lui ce papier.

Loo s’enfuit à toutes jambes, bousculant et renversant à plaisir ceux qui se trouvaient sur son passage.

— Et maintenant, dit Ivakoura, qu’on m’habille rapidement !

Les serviteurs s’empressèrent et le prince eut bientôt enfilé le vaste pantalon traînant qui donne à celui qui le porte l’air de marcher à genoux, et le roide manteau de cérémonie, alourdi encore par les insignes brodés sur les manches. Ceux de Nagato étaient ainsi composés : un trait noir au-dessus de trois boules, formant pyramide.

Le jeune homme, d’ordinaire si soigneux de sa parure, ne prêta aucune attention à l’œuvre des serviteurs, il ne jeta pas même un coup d’œil sur le miroir, si bien poli par Loo, lorsqu’on lui posa sur la tête le haut bonnet pointu, lié par des rubans d’or.

Aussitôt sa toilette terminée, il sortit de son palais, mais sa préoccupation était si forte qu’au lieu de monter dans le norimono, qui l’attendait au milieu des gens de son escorte, il s’éloigna à pied, traînant sur le sable son immense pantalon, et s’exposant aux rayons du soleil. Le cortège, épouvanté de cet outrage à l’étiquette, le suivit dans un inexprimable désordre, tandis que les espions, chargés de surveiller les actions du prince, s’empressaient d’aller rendre compte à