Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/226

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bien deviné d’ailleurs, mais toi tu ne soupçonnes pas encore que je veux protéger ton amour.

Tika revint s’asseoir aux pieds de sa maîtresse.

— Tu me laisses seule pour causer avec notre geôlier, lui dit Fatkoura.

— C’est lui qui est venu me parler, maîtresse, dit Tika, et, en quelques minutes, il m’a appris des choses fort étranges.

— Que t’a-t-il appris ?

— Faut-il te le dire ? Tu ne te courrouceras pas ?

— Je ne sais pas ; parle donc.

— Eh bien, c’est toi le geôlier, c’est lui le prisonnier.

— Que veux-tu dire ?

— Que le prince de Toza aime Fatkoura et que, si elle sait s’y prendre, elle fera de lui tout ce qu’elle voudra.

— Qu’importe à mon mépris qu’il m’aime ou me haïsse ? dit Fatkoura en détournant la tête.

— Il n’est pas si méprisable, dit Tika, c’est un prince très puissant et très illustre.

— Tu parles ainsi de notre mortel ennemi, Tika ? dit Fatkoura en la regardant sévèrement.

— Ne me gronde pas, dit Tika d’un air caressant, je ne puis m’empêcher de le haïr moins depuis que je sais que ta grâce l’a subjugué et que, en quelques heures, tu as envahi son cœur.

— Oui, tu songes qu’un autre, au contraire, détourne ses yeux de moi, et tu sais gré à celui-ci de réparer l’outrage qui m’a été fait ! dit Fatkoura en cachant son front dans sa main.

Comme la mer était belle et le voyage facile, au lieu de traverser les terres, on longea les côtes de l’île Sikof, on doubla le cap de Toza, et, après avoir remonté vers le nord pendant quelques heures, dans