Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/255

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une terre ennemie peut-être, car à l’heure qu’il est le Japon ressemble à un échiquier ; les carrés blancs sont à Fidé-Yori, les carrés rouges à Hiéyas.

— Pourvu que nous ne soyons pas jetés sur des rochers, tout ira bien, dit Nata, l’usurpateur ne s’inquiétera pas de pauvres matelots comme nous.

— Je ne suis pas un matelot, moi, dit Loo en montrant son sabre, je suis un seigneur.

Le ciel s’assombrissait, un sourd grondement roulait autour de l’horizon.

— Voici mon patron qui prend la parole, dit Raïden. Gouverne à gauche, Nata, ajouta-t-il nous donnons droit dans un banc de rochers. Encore ! encore ! Attention, prince ! Tiens-toi bien, Loo, nous y sommes, c’est le plus dur.

En effet, la tempête se déchaînait et, près des rives, les vagues bondissaient avec une sorte de folie. Elles arrivaient dans un galop furieux, leur crête écumeuse chassée en avant ; puis elles se versaient comme des cataractes. D’autres revenaient en arrière, laissant sur le sable une large nappe de mousse blanche.

On abaissa la voile rapidement ; on coucha le mat : il n’y avait plus qu’à se laisser pousser par la mer. Mais il semblait impossible de n’être pas mis en pièces par ces lames formidables qui frappaient à coups redoublés l’embarcation, se brisaient contre elle et la franchissaient d’un bond par instant.

Heureusement, le fond se rapprochait rapidement.

Raïden sauta tout à coup au milieu des vagues désordonnées. Il avait pied. Il poussa la barque par l’arrière de toutes srs forces. Nata descendit aussi et la tira par une chaîne. Bientôt sa quille s’enfonça profondément dans le sable.

On débarqua en toute hâte.