Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/256

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— C’est terrible, la mer ! dit le prince de Nagato lorsqu’il fut sur le rivage, comme elle hurle ! comme elle sanglote ! Quel désespoir, quelle épouvante, l’affole ainsi ? Ne dirait-on pas qu’elle fuit devant la poursuite d’un ennemi formidable ? C’est vraiment un miracle que nous ayons pu lui échapper !

— On ne lui échappe pas toujours, par malheur, dit Raïden, elle dévore beaucoup de marins. Combien de mes compagnons sont couchés sous ses flots ! J’y pense souvent, dans la tempête, je crois les entendre et je me dis que c’est avec la voix des naufragés que la mer se lamente et pleure.

Toutes les barques avaient l’une après l’autre atteint la côte sans accident grave ; quelques-unes étaient à demi brisées pourtant par le choc contre la rive.

— Où sommes-nous ? dit le prince tâchons de nous renseigner.

On tira le plus possible les bateaux hors de la portée de la mer et l’on quitta la plage blanche, plate, qui s’étendait à perte de vue.

Au-dessus de la falaise basse, formée par l’amoncellement des sables, on trouva une grande plaine à demi cultivée, qui semblait avoir été abandonnée. Quelques huttes s’élevaient, on marcha vers elles.

On appela, personne ne répondit.

— Le bruit du vent a rendus sourds les habitants, dit Loo.

Il se mit à cogner des poings et des pieds contre les portes.

Les huttes étaient vides.

— Il paraît que nous sommes dans le jeu de Hiéyas sur l’échiquier dont tu parlais tout à l’heure, dit Raïden, les paysans ne fuient pas devant les troupes du siogoun.