Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/286

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dix mille hommes à découvert du général ennemi. Celui-ci, plein de colère, mal obéi, comprenant la faute qu’il avait faite en engageant ses soldats dans l’enchevêtrement des rues, s’élança à la tête de ses hommes pour relever leur courage, forcer ce passage si bien défendu et gagner les rives du Kamon-Gava.

Il trouva en face de lui le prince de Nagato ; tous deux étaient à cheval. Ils se regardèrent un instant.

— C’est donc toi, s’écria le prince, qui sers d’instrument à ce crime tellement odieux qu’il est invraisemblable ; c’est toi qui aurais l’audace de porter la main sur le divin mikado !

Pour toute réponse, le général lança à Nagato une flèche qui vint effleurer sa manche. Le prince riposta par un coup de fusil tiré presque à bout portant. Le guerrier tomba pour ne plus se relever sur le cou de son cheval, sans pousser un cri.

La nouvelle de cette mort se répandit vite ; les soldats, restés sans chef, hésitèrent.

— Son audace sacrilège lui a porté malheur, disait-on, elle pourrait bien nous être funeste à nous aussi.

Le prince, qui s’aperçut de cette hésitation et du remords confus qui naissait dans l’âme des soldats, eut un projet propre à rendre la victoire décisive s’il produisait l’effet qu’il en attendait.

Il courut au bord de la rivière de l’Oie-Sauvage et cria aux soldats qui gardaient la forteresse :

— Faites paraître le mikado au faîte de la tour.

Sa pensée fut comprise, on se hâta d’aller chercher Go-Mitsou-No, on l’amena presque de force, plus mort que vif, sur la tour la plus haute du château.

La déesse Soleil sembla jeter tous ses rayons sur