Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/287

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cet homme divin dont elle n’était que l’égale ; les robes rouges du mikado resplendirent, la haute lame d’or de sa couronne étincela sur son front.

— Le Fils des dieux ! le Fils des dieux ! cria-t-on.

Les soldats levèrent la tête : ils virent cet éblouissement de pourpre et d’or au sommet de la tour, l’homme qu’on ne devait pas voir, celui qu’un prestige effrayant environnait et qu’ils venaient d’outrager ; ils crurent que le mikado allait prendre son vol, et quitter la terre, pour la punir de la méchanceté des hommes.

Ils jetèrent leurs armes et se précipitèrent à genoux.

— Grâce ! criaient-ils, ne nous quitte pas ; que deviendrions-nous sans toi ?

— Seigneur sublime ! maître tout-puissant ! nous sommes des misérables, mais ta bonté est infinie !

— Nous nous traînons dans la poussière, nous l’inondons de nos larmes de repentir !

Puis ils récriminèrent contre leurs chefs.

— Ils nous ont poussés, ils nous ont entrainés !

— Ils nous ont enivrés de saké pour nous faire perdre l’esprit.

— Le général a payé son crime de sa vie.

— Qu’il soit maudit !

— Puisse-t-il être emporté par les renards !

— Que le grand juge des enfers lui soit inexorable !

Le mikado promenait son regard sur la ville ; il la voyait de tous côtés pleine de fumée. Il étendit le bras et désigna du doigt les points incendiés.

Les soldats d’en bas crurent voir un ordre dans ce geste ; ils se relevèrent et s’élancèrent pour aller éteindre les incendies qu’ils avaient allumés.

La victoire était complète. Le prince de Nagato