Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/300

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— Bénédictions au général Yama-Kava !

— Louanges aux cavaliers du ciel !

— Et gloire au prince de Nagato à qui nous devons la victoire ! cria quelqu’un.

— Et qui nous ramène notre divine Kisaki, dit un autre.

Le prince en effet s’avançait, guidant le cheval qui portait la reine. La foule s’écartait, se prosternait devant elle avec un silence subit, qui, dès qu’elle était passée, cessait brusquement.

La reine avait tiré son voile sur son visage, d’une main elle en serrait les plis sur sa poitrine ; le cheval, couvert d’écume, sonfflait en marchant. Nagato le tenait par la bride, et se retournait quelquefois vers la reine, qui lui souriait derrière la gaze de son voile, tandis que tous les fronts touchaient le sol.

Ils atteignirent ainsi la forteresse de Nisio-Nosiro et franchirent ses remparts. Les cavaliers du ciel vinrent recevoir la Kisaki. Ses femmes étaient restées au palais d’été ; on lui demanda s’il fallait les aller quérir.

— Pourquoi ? dit-elle ; n’allons-nous pas retourner au palais ?

On n’osa pas lui répondre que le mikado, mal rassuré, refusait de quitter la forteresse et comptait n’en plus sortir.

Le Fils des dieux était exaspéré, la victoire n’avait calmé ni son épouvante ni sa colère. Lui, attaqué dans son palais ! non par des Mongols, non par des Chinois, par des Japonais ! Son peuple, c’est-à-dire ses esclaves, ceux qui n’étaient pas dignes de prononcer son nom, avaient eu l’audace inouïe de prendre les armes contre lui. Sa personne sacrée avait été contrainte, non seulement de marcher, mais de courir.