Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/301

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Le mikado, celui dont un regard devait réduire un homme en cendre, s’était enfui blême de peur ; les plis rigides de ses robes de satin s’étaient dérangés ; il avait trébuché dans les flots des étoffes en courant à travers les rues. Qu’étaient devenus la majesté sacrée, le prestige divin du descendant des dieux, au milieu de cette aventure ?

Go-Mitsou-No, furieux, tremblant et stupéfait, ne fut pas tranquilisé par la victoire. Il ordonna de massacrer tous les soldats qui s’étaient soumis.

— Ils vont revenir contre moi, disait-il, tuez-les jusqu’au dernier.

— Nous les tuerons plus tard, osa lui répondre le ministre de la Main-Droite, l’un des plus hauts dignitaires du Daïri ; pour le moment ces dix mille hommes de renfort nous sont des plus nécessaires.

Alors le mikado s’écria :

— Qu’on m’amène Hiéyas, qu’on lui crève les yeux, qu’on lui arrache les entrailles, qu’on le coupe en morceaux !

— Plus tard, dit à son tour le ministre de la Main Gauche, Hiéyas est aujourd’hui hors de notre atteinte.

— Réunissez tous les guerriers, tous les princes, tous les ministres, s’écria alors le mikado, je veux leur dire ma volonté.

On n’avait rien à objecter. Mais la surprise était grande, le mikado ayant une volonté, manifestant le désir de faire un discours, une pareille chose ne s’était pas vue depuis que le général Yoritomo, sous le règne de Tsoutsi-Mikado, avait repoussé l’invasion des Mongols et reçu pour ce beau fait le titre de siogoun. Depuis ce temps les siogouns avaient régné au nom des mikados, qui jamais n’avaient songé à reprendre le