Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/316

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— Vraiment tu as une âme étrange, dit Fatkoura, le vautour ne demande pas de reconnaissance à l’oiseau qu’il étouffe dans ses serres, et toi tu exiges l’amour d’une femme dont tu as tué l’époux.

— Je sais bien que tu ne m’aimeras jamais, dit Toza, néanmoins tu me diras que tu m’aimes, tu t’efforceras de me le faire croire.

— Je suis curieuse de connaître les moyens que tu emploieras pour me faire dire de telles choses.

— Tu les connaîtras assez tôt, dit le prince qui s’éloigna.

À partir de ce jour commença une série de souffrances pour la prisonnière. D’abord on la sépara de Tika, et on l’enferma dans son appartement ; puis on boucha les fenêtres, ne laissant pénétrer qu’un peu de jour par en haut. De cette façon Fatkoura était privée de la vue des jardins et de l’air frais du soir. On lui servit des mets qu’elle n’aimait pas. Peu à peu, tous les objets à son usage disparurent. Chaque jour aggravait sa situation. Aucun serviteur ne lui rendait plus de soins. Bientôt on la mit dans une prison, puis elle descendit dans un cachot où on lui fit attendre toute la journée un bol de riz refroidi.

— C’est là les moyens qu’il emploie pour se faire aimer ! disait Fatkoura soutenue par l’espoir de la délivrance.

Mais un jour, brusquement, ces rigueurs cessèrent, la jeune femme fut ramenée dans le pavillon qu’elle occupait d’abord. Elle revit Tika, qui paraissait toute joyeuse.

— La province de Toza est envahie, s’écria-t-elle ; une armée approche, nous allons être délivrées.

— Tu vois bien qu’il arrive, mon seigneur, mon époux bien-aimé, dit Fatkoura, il vient nous tirer de