Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/315

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Chaque jour le prince de Toza envoyait des présents à Fatkoura : des fleurs, des oiseaux rares ; des étoffes merveilleuses. Chaque jour Fatkoura donnait la volée aux oiseaux, jetait les étoffes et les fleurs par la fenêtre. Le prince ne se lassait pas. Au milieu du jour, il venait rendre visite à la prisonnière et lui parlait de son amour.

Un jour, cependant il entra chez Fatkoura avec une singulière expression sur le visage.

Il éloigna Tika par un geste qui ne souffrait pas de réplique ; puis il s’avança vers Fatkoura et la regarda fixement.

— Tu es bien décidée à me résister toujours ? lui dit-il après un silence.

— Toujours, et à te haïr autant que je te méprise.

— C’est là ton dernier mot ? réfléchis encore.

— Je n’ai pas à réfléchir, je t’ai haï dès que je t’ai vu, je te haïrai jusqu’à, ma mort.

— Eh bien ! s’écria le prince d’une voix terrible, je saurai te contraindre à devenir ma femme.

— Je t’en défie, dit Fatkoura qui ne baissa pas les yeux devant le regard du prince.

— Je te vaincrai, je le jure, comme j’ai vaincu ton fiancé.

Fatkoura eut un sourire moqueur.

— Oui, continua le prince, tu as lassé ma patience ; mon amour m’avait rendu clément, timide, craintif même. Je suppliais, je pleurais, j’attendais ! Je laissais à ta douleur le temps de se cicatriser. Tes refus enflammaient ma tendresse, je m’emportais, puis je m’humiliais. Mais je suis las de cette longue torture ; les prières sont terminées ; plus de douceur, plus de larmes, c’est toi désormais qui pleureras, qui supplieras. Une dernière fois, veux-tu m’aimer ?