Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/34

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ment des îlots immobiles au milieu de la houle tumultueuse des promeneurs. Un médecin se hâte, en s’éventant avec gravité, suivi de ses deux aides qui portent la caisse des médicaments.

— Illustre maître, n’irez-vous donc pas à la fête ? lui crie-t-on au passage.

— Les malades ne prennent point garde aux fêtes, dit-il avec un soupir, et comme il n’y en a pas pour eux, il n’y en a pas pour nous.

Sur les rives de Yodogava, l’animation est plus grande encore ; le fleuve disparaît littéralement sous des milliers d’embarcations ; les mâts dressés, les voiles encore ployées, mais prêtes à s’ouvrir comme des ailes, les tentes des cabines recouvertes d’étoffes de soie et de satin, les proues ornées de bannières dont les franges d’or trempent dans l’eau, resplendissent au soleil et tachent l’azur du fleuve de frissons multicolores.

Des bandes de jeunes femmes, aux toilettes brillantes, descendent les blanches marches des berges, taillées en gradins. Elles se dirigent vers d’élégants bateaux en bois de camphrier, rehaussés de sculptures et d’ornements de cuivre, et elles les remplissent de fleurs qui jettent de chauds parfums dans l’air.

Du haut du Kiobassi, ce beau pont qui ressemble à un arc tendu, on déploie des pièces de gaze, de crêpe ou de soie légère, des couleurs les plus fraîches et couvertes d’inscriptions. Une faible brise agite mollement ces belles étoffes que les bateaux qui vont et viennent écartent en passant. On voit resplendir au loin la haute tour de la résidence et les deux monstrueux poissons d’or qui ornent son faîte. À l’entrée de la ville, à droite et à gauche du fleuve, les deux superbes bastions qui regardent vers la mer ont arboré sur chaque tour, à