Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/350

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ries et de flammes tissées ; sa robe est entièrement couverte de plumes d’oiseaux-mouches, de colibris, d’oiseaux de feu ; elle jette des lueurs multicolores de saphirs, de rubis, d’émeraudes, de braises ardentes. On a fait un carnage de ces bijoux vivants pour arriver à couvrir l’ampleur de cette robe : elle coûte le prix d’un château.

L’annonciateur reparut ; il débita un discours non moins mystérieux que le premier et la toile se releva.

On représente cette fois une scène du Onono-Komati-Ki.

Onono-Komati était une belle jeune fille attachée à la cour de Kioto. Passionnée pour la poésie, elle s’adonna à des études sérieuses et composa des vers ; mais dans son amour pour la perfection, le poème une fois écrit elle l’effaçait à grande eau et recommençait toujours. Des jeunes gens s’éprirent de sa beauté et l’obsédèrent de leur poursuite. Elle les repoussa et continua ses études favorites, mais les amoureux évincés ne lui pardonnèrent pas son dédain ; par de perfides calomnies ils la firent tomber en disgrâce. La jeune inspirée quitta le palais et s’en alla à l’aventure. Peu à peu elle devint misérable, mais son amour pour la poésie ne diminuait pas ; elle contemplait les beautés de la nature et les chantait avec une rare perfection de style. L’âge vint, ses cheveux blanchirent ; elle était dans le plus complet dénûment, errant de village en village, appuyée sur un bâton, un panier au bras, contenant ses poèmes et un peu de riz ; elle vivait d’aumônes. Les enfants s’amassaient autour d’elle lorsqu’elle s’asseyait au seuil d’un temple ; elle leur souriait doucement, leur apprenait des vers. Quelquefois un bonze venait lui demander respectueusement la permission de copier une des pièces conte-