Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/359

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La cour, traînant après elle des flots d’or et de satin, au bruit d’une musique étourdissante, courait, en dansant, vers un abîme. Tous étaient aveuglés ; personne ne songeait à la reprise possible de la guerre ; on s’enivrait, on riait, on chantait, entre les murs tombés de la forteresse ; on ne s’occupait pas de remettre l’armée sur pied, de l’augmenter si c’était possible. Yoké-Moura s’était en vain efforcé d’agir ; l’argent lui manquait ; les folies, les parures ruineuses de la princesse Yodogimi absorbaient tout. Et le siogoun, que faisait-il ? Plongé dans une tristesse inexplicable, il errait seul dans les jardins, ne s’occupant de rien, abandonnant pour ainsi dire le pouvoir. Il était évident que Hiéyas n’attendait qu’une occasion pour donner le dernier coup à cet édifice croulant. Mais à quoi bon attendre ? La sagesse du vieillard ne contrastait-elle pas avec l’imprévoyance du jeune homme et la folie de sa cour ? il fallait appeler Hiéyas : son avènement sauvait le peuple de la misère, de la disette possible ; pourquoi se laisser réduire à la dernière extrémité ? Il fallait s’efforcer d’amener le plus promptement possible le dénouement, d’ailleurs inévitable.

Omiti, avec une épouvante croissante, entendait chaque jour des discours semblables à celui-ci. Les hôtes de l’auberge se succédaient, ce n’était pas toujours les mêmes hommes qui revenaient ; ils allaient ailleurs fomenter la révolte, exciter les colères. Des émissaires de Hiéyas étaient évidemment mêlés à ces artisans. L’usurpateur sentait tout le prix d’un mouvement en sa faveur à Osaka ; il voulait le provoquer. D’ailleurs, l’insouciance de la cour le secondait à merveille. Omiti comprenait tout cela ; elle se tordait les bras et pleurait de désespoir.

— Personne n’a donc le courage de le prévenir