Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/363

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s’enivraient dans les salles d’en bas se prolongèrent longtemps, enfin elle entendit le choc bien connu des barres tombant dans les crochets, tout le monde était parti.

Elle attendit une demi-heure encore pour donner le temps aux valets d’être bien endormis, puis sans faire le moindre bruit elle se leva, prit sa corde sous le matelas et écarta un peu le panneau qui ouvrait sur l’escalier ; elle le referma lorsqu’elle fut passée. Elle prêta l’oreille, et n’entendit rien autre chose que quelques ronflements, mais ce bruit-là était rassurant. Elle ouvrit la fenêtre, l’air de la nuit la fit frissonner. Elle se pencha et regarda en bas ; la blancheur de la neige éclairait vaguement.

— C’est haut ! se dit la jeune fille, ma corde sera-telle assez longue ?

Elle l’attacha à l’appui de la fenêtre et la laissa se dérouler. La corde atteignait le sol, elle traînait même un peu sur la neige.

Omiti enroula sa robe autour de ses jambes et s’agenouilla sur le rebord de la fenêtre ; mais, au moment de s’abandonner a cette frêle corde, une sorte de peur instinctive la prit, elle hésita.

— Comment ! dit-elle, je tremble pour ma vie quand la sienne est en péril !

Elle se laissa aller brusquement, se tenant seulement des deux mains à la corde. Une vive douleur faillit la faire crier : il lui semblait que ses bras allaient être arrachés des épaules ; ses mains s’écorchaient en glissant contre la corde ; elle descendait rapidement. Mais tout à coup un des nœuds de la soie s’étira sous le poids de la jeune fille et la corde cassa.

Elle tomba dans la neige ; son corps y fit un trou qui l’engloutit presque entièrement. Mais la chute