Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/375

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des agitateurs. Veux-tu, maître, que je me charge de faire exécuter tes ordres ?

— Tu me rendras heureux, ami, en faisant cela.

— Je te quitte, seigneur, dit Nagato, ne t’inquiète de rien, et livre-toi tout entier à la joie d’avoir retrouvé celle que tu aimes.

Le prince s’éloigna.

— Que veut-il dire ? pensait Omiti toute surprise, « celle que tu aimes », de qui parle-t-il ?

Elle était seule avec le roi et n’osait lever les yeux. Son cœur battait violemment. Fidé-Yori, lui aussi, était troublé, il ne parlait pas, mais contemplait la charmante enfant qui tremblait devant lui.

La jeune fille, toute rougissante, tournait entre ses doigts une petite branche desséchée qu’elle tenait.

— Qu’as-tu donc dans la main ? lui demanda le siogoun doucement ; est-ce un talisman ?

— Tu ne reconnais pas la branche de citronnier en fleur, que tu m’as donnée, quand je t’ai vu ? dit-elle ; tout à l’heure, en m’évanouissant, je la tendais aux sentinelles ; je pensais qu’ils te l’apporteraient et qu’en la voyant tu te souviendrais de moi. Mais je la retrouve dans ma main.

— Comment tu as gardé ces fleurs ?

Omiti leva vers le roi son beau regard qui laissait transparaître son âme, puis le baissa aussitôt.

— Puisque c’est toi qui me les avais données ! dit-elle.

— Tu m’aimes donc ? s’écria Fidé-Yori.

— Oh ! maître, dit la jeune fille effrayée, je n’aurai jamais l’audace d’avouer la folie de mon cœur.

— Tu ne veux pas confesser ton amour. Eh bien ! moi je t’aime de toute mon âme, et j’ose te le dire.