Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/376

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— Tu m’aimes, toi le siogoun ! s’écria-t-elle avec une stupéfaction touchante.

— Oui, et depuis longtemps, mauvaise, je t’ai attendue, je t’ai cherchée, j’étais plongé dans le désespoir, tu m’as fait cruellement souffrir ; mais, depuis que tu es là, tout est oublié. Pourquoi as-tu tardé si longtemps ? tu ne pensais donc pas à moi ?

— Tu étais mon unique pensée, elle s’épanouissait, comme une fleur divine, au milieu de ma vie douloureuse ; sans elle je serais morte.

— Tu songeais à moi, tandis que je gémissais de ton absence, et tu ne venais pas ?

— Je ne savais pas que tu daignais garder mon souvenir. D’ailleurs, l’aurais-je su, je ne serais pas venue.

— Comment, s’écria le siogoun, c’est ainsi que tu m’aimes ; tu refuserais de vivre près de moi, d’être mon épouse !

— Ton épouse ! murmura Omiti avec un triste sourire.

— Certes, dit Fidé-Yori, pourquoi cette expression d’amertume sur ton visage ?

— C’est que je ne suis pas digne d’être seulement au nombre des servantes de ton palais, et que, lorsque tu sauras ce que je suis devenue, tu me chasseras avec horreur.

— Que veux-tu dire ? s’écria le siogoun en pâlissant.

— Écoute, dit la jeune fille d’une voix sourde. Hiéyas est venu dans le château de mon père ; il a su que j’avais découvert l’affreux complot dirigé contre ta vie et que je l’avais dénoncé ; il m’a fait emmener et vendre comme servante dans une auberge du dernier ordre. Là, j’ai vécu comme vivent les femmes qui sont esclaves. Je n’ai quitté la maison de thé que cette nuit. Encore une fois, j’avais surpris un complot contre