Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/377

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toi. Je me suis enfuie par la fenêtre, à l’aide d’une corde qui a cassé. Tu es sauvé maintenant, laisse-moi partir ; il n’est pas convenable que tu demeures plus longtemps dans la compagnie d’une femme comme moi.

— Tais-toi, s’écria Fidé-Yori, ce que tu viens de m’apprendre m’a brisé le cœur ; mais crois-tu donc que j’aie cessé de t’aimer ? Comment ! c’est à cause de moi que tu as été réduite en servitude, c’est à cause de moi que tu as souffert, tu me sauves deux fois la vie et tu veux que je t’abandonne, que je te méprise ! Tu perds l’esprit. Je t’aime plus que jamais. Tu seras la reine, entends-tu ? Combien de femmes dans ta condition ont été rachetées et épousées par des seigneurs. Tu es là, tu ne partiras plus.

— Ô maître ! s’écria Omiti, je t’en conjure, songe à ton rang, à ce que tu te dois à toi-même, ne te laisse pas entrainer par un désir passager.

— Tais-toi ! cruelle enfant, dit le roi, je te jure que si tu me désespères ainsi, je vais me tuer à tes pieds.

Fidé-Yori avait porté la main à son sabre.

— Oh ! non, non ! s’écria la jeune fille, qui devint toute pâle. Je suis ton esclave, dispose de moi.

— Ma reine bien-aimée ! s’écria Fidé-Yori en l’entourant de ses bras, tu es mon égale, ma compagne et non mon esclave ; ce n’est pas seulement par obéissance que tu cèdes, n’est-ce pas ?

— Je t’aime ! murmura Omiti en levant vers le roi ses beaux yeux mouillés de larmes.