Page:Gautier - La sœur du soleil.djvu/381

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comme telle. Cependant, n’attaquons pas, laissons Hiéyas s’avancer ; il ne le fera pas sur-le-champ ; nous aurons, sans doute, le temps de recreuser les fossés autour de la forteresse ; qu’on se mette à l’œuvre tout de suite.

À quelque temps de là Fide-Yori répudia sa femme, la petite-fille de Hiéyas, et la renvoya à son grand-père. Il annonça en même temps son mariage prochain avec Omiti, à laquelle il avait donné le titre de princesse de Yamato.

Les deux fiancés oubliaient le reste du monde, leur joie les aveuglait ; ils ne pouvaient songer aux dangers qui les menaçaient. D’ailleurs, pour eux, le seul malheur possible était d’être séparés, et ils étaient certains, si un désastre survenait, de pouvoir mourir ensemble.

Ils avaient été revoir le bois de citronniers. De faibles bourgeons commençaient à bosseler ses buissons, car le printemps revient vite sous ce climat ; à peine la dernière neige fondue, déjà les arbres verdissent. Ils erraient dans les allées brumeuses des jardins, la main dans la main, jouissant du bonheur d’être l’un près de l’autre, de se voir autrement que par la pensée ou le rêve ; car ils s’adoraient, mais ne se connaissaient pas. Ils ne s’étaient vus qu’un instant, et l’image qu’ils avaient gardé l’un de l’autre dans leur mémoire était incomplète et un peu différente de la réalité. Chaque minute leur apportait une surprise nouvelle.

— Je te croyais moins grande, disait Fidé-Yori.

— Tes yeux m’avaient semblé fiers et méprisants, disait Omiti ; une tendresse infinie les emplit, au contraire.

— Comme ta voix est suave, ma bien-aimée ! repre-